peniche cinema

Péniches culturelles : dossier

Les personnes concernées ici ne se réclament d’aucune étiquette politique. Leur combat est essentiellement culturel et artistique. C’est de notre initiative que nous les soutenons, et aucunement à leur demande.

Nous sommes allés à la rencontre des péniches Cinéma et Anako virées par la Mairie de Paris. Celles-ci sont priées de vider les lieux d’ici le 2 janvier. La qualité du travail fourni par ces associations et leur intégration à la vie de leur quartier nous incitent à les soutenir dans leur lutte pour leur survie.

Leur activité

La Péniche Cinéma est stationnée dans le Parc de la Villette (en face du Cabaret Sauvage). En dix ans, elle est devenu un lieu de référence pour les amateurs de court-métrages d’ailleurs bien référencé par des sites comme timeout.
Toutes les projections se font en accès libre. L’association ne touche pas de subvention et son activité est fortement intégrée à la vie locale :

  • 350 courts-métrages projetés chaque année (tous les jeudis en entrée libre)
  • Partenariats avec les écoles du quartier
  • Liens intenses avec d’autres associations locales, comme quartier chiche, qui s’adresse à des collégiens.
  • Partenariats avec les boîtes de production et écoles de cinéma

De même, la péniche Anako accueille des artistes pour des concerts, expositions et jams mettant en valeur les cultures du monde.

Le renouvellement de l’appel à candidature

Jusqu’à cette année, l’attribution des places de stationnement des Péniches culturelles sur le Canal faisait l’objet d’un renouvellement annuel à trisannuel. Les dites-Péniches devaient justifier du caractère associatif et non-lucratif de leur projet.

En février-mars de cette année, les Péniches culturelles amarrées sur le Canal de l’Ourcq (9 au total) ont répondu à un appel à projet de la Ville de Paris réouvrant leurs places de stationnement à la concurrence, sans concertation préalable, sans tenir compte de l’ancienneté, du travail accompli, des emplois en jeu : un peu comme si on vous disait après 10 ans d’exploitation (en ce qui concerne la Péniche Cinéma) « pousse toi de là que j’y mette mes copains ! »

L’appel à projet est clair. La Ville ne veut plus de menu fretin. Les cartes vont être redistribuées comme le confirme ce qui figure dans l’appel à candidatures, que nous nous sommes procurés. Dans celui-ci, il est précisé que :

En plus du prix du loyer mensuel (à peu près 1000€ par mois), les projets sélectionnés devront s’acquitter d’une redevance indexée sur leur chiffre d’affaire. Celle-ci ira jusqu’à 5% du chiffre d’affaire.
La Ville de Paris privilégiera les candidatures qui présenteront des projets qui mettent en valeur les canaux parisiens et qui sont porteuses :

  • d’un projet original qui contribue à l’attractivité de la voie d’eau ;
  • d’une activité respectueuse de l’environnement et de l’écosystème local ;
  • d’un modèle économique réaliste et travaillé […]
  • d’un calendrier opérationnel réaliste et travaillé ;
  • d’une activité respectueuse du cadre de vie local et qui soit ouverte sur le quartier.

 

Les péniches existantes ont répondu à cet appel à candidature en pensant être naturellement sélectionnées, puisqu’elles avaient fait la preuve depuis dix ans de la viabilité de leur offre. La péniche Cinéma a fourni un dossier de candidature complet, répondant en tout point aux critères de sélection. Pourtant, trois Péniches dont les Péniches Anako et Cinéma ne survivront pas à l’appel. A leur place arriveraient une épicerie fine appartenant au groupe Carrefour et un projet porté par la Bellevilloise. Elles ont été averties par lettre simple le 7 juillet qu’il fallait libérer les emplacements pour le 2 janvier.

Le vrai critère de sélection

En lisant l’appel à candidatures, on trouve un peu plus loin que les projets seront sélectionnés suivant les critères suivants, sans pondération :

    • l’offre d’activités et l’ouverture au public ;
    • l’intégration du projet dans son environnement urbain et par rapport au plan d’eau ;
    • les garanties professionnelles et techniques apportées quant à la mise en œuvre du projet ;
    • la faisabilité économique du projet et la viabilité de son modèle économique ;
    • les caractéristiques et performances environnementales ;
    • la recette à attendre du projet.

 

Le dernier point (qui a dû être légèrement sur-pondéré), disqualifiait de fait les péniches culturelles associatives. Comment pouvaient-elles concurrencer les projets privés, dont la vocation est de faire un maximum de chiffre d’affaire, en proposant depuis dix ans des activités en entrée libre?

Quelle est la politique de la ville de Paris?

La ville de Paris a privilégié des projets privés probablement rentables, mais sans valeur ajoutée artistique ou associative. Elle l’a fait au détriment d’associations reconnues, appréciées de leur public et des habitants du quartier. Elle l’a fait au mépris du travail accompli depuis dix ans par ces associations. Et elle l’a fait sans considération pour leurs animateurs et employés. Elle n’a proposé ni solution de remplacement, ni création d’emplacements supplémentaires. Sur la péniche Cinéma, trois personnes vont perdre leur emploi. L’association est probablement condamnée à mort, et tout le travail qu’elle a pu accomplir ces dernières années sera perdu.

D’un autre côté, la Bellevilloise gère déjà de la rotonde, des docks de Pantin et de la petite halle de la Villette. Renaud Barrillet, son gérant, est également mandataire social (gérant ou président) de quinze autres structures.

La mairie veut-elle vraiment confier un monopole culturel à la Bellevilloise et à son gérant? N’a-t-elle aucun souci de la qualité et de la diversité de l’offre?

On peut envisager plusieurs options:
Dans un cas, la mairie confie les emplacements à ses amis, en prétextant d’un appel à candidature pipé. Ce sera le travail d’un avocat de le prouver, et d’avoir gain de cause au tribunal.
Dans un autre cas, la mairie se soucie comme d’une guigne du contenu artistique, local et culturel des projets et ne s’intéresse qu’à sa rentabilité économique. Le but caché étant de remplir les caisses. Un tel cynisme et un tel mépris des hommes de la part d’une mairie socialiste est particulièrement choquant.

Cette privatisation de l’espace public se répand partout dans Paris et l’arrondissement en particulier. On peut citer les fermetures de services publics, la vente ou mise en concession de lieux publics comme la maison de l’air, etc.
Insoumis attachés aux services et lieux publics, à la culture et à nos quartiers, mobilisons-nous!

Que faire?

Un avocat s’occupe du recours déposé. La voie légale est donc utilisée, et produira peut-être ses fruits. En attendant, il faut nous mobiliser pour la survie de ces établissements culturels. Le 19 avril (lien vers l’événement) la Péniche Cinéma organise une journée WHY (Pourquoi condamner des projets qui marchent ?) en partenariat avec Anako, sur la Péniche Cinéma. A partir de midi, spectacles, prise de paroles, écrans ouverts, DJ, piques–niques bienvenus. Barbecue prévu. Venez discuter du quartier et soutenir deux Péniches en danger !

Il y a également les pétitions en ligne :

https://www.change.org/p/la-p%C3%A9niche-demoiselle-menac%C3%A9e-d-expulsion?recruiter=31695309&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink&utm_campaign=share_petition&utm_term=share_petition

 

Il faut les signer, les partager et les repartager.